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Rentrée académique 2025 de l'Enseignement provincial

Rentrée académique 2025 de l'Enseignement provincial : l'enseignement, l'IA et nous
partager sur Twitter partager sur Facebook   Publié le 18-12-2025

Le mercredi 19 novembre 2025 à l'Ecole Polytechnique de Seraing, l'Enseignement de la Province de Liège a organisé sa séance de Rentrée académique.

Pour la première fois, celle-ci réunissait ses trois niveaux d'enseignement (secondaire, supérieur, enseignement pour adultes).

« Cette initiative illustre finalement ce qui fait notre force, a souligné Salvatore Anzalone, Directeur général de l'Enseignement de la Province de Liège. L'Enseignement provincial, c'est bien plus qu'un ensemble d'établissements, c'est une véritable une communauté soudée autour de valeurs fortes, incarnées dans notre Projet éducatif "Un monde à construire, un avenir à ouvrir". »

Les nouveaux enseignants accueillis

Préalablement à la séance de Rentrée académique, les enseignants nouvellement engagés ont été accueillis pour une présentation de l'Enseignement provincial, ses multiples établissements et sa Direction générale, dans toute sa richesse et sa diversité, avec son histoire centenaire et son appartenance à l'Enseignement officiel neutre subventionné. Ils ont ainsi pu découvrir les infrastructures et outils (notamment numériques) mis à disposition des enseignants, des élèves et des étudiants, mais aussi les collaborations et partenariats, les services rendus aux étudiants, les mobilités Erasmus, la lutte contre le harcèlement en milieu scolaire, les cantines durables ou encore les concours et les activités culturelles.

« Enseigner n'est pas seulement un métier, c'est une vocation, a déclaré Salvatore Anzalone aux nouvelles recrues de l'Enseignement de la Province de Liège. Chaque jour dans vos établissements, vous êtes au cœur de la transmission des savoirs, du développement des compétences et de la formation des citoyens de demain. Une mission passionnante, exigeante, qui demande engagement, créativité et persévérance.

Le secteur de l'enseignement est en pleine mutation : réformes, innovations pédagogiques, évolution des attentes des élèves, des familles, des milieux professionnels… C'est dans ce contexte que la collaboration, l'innovation, l'esprit d'initiative sont plus que jamais essentiels. Vos compétences, votre énergie et votre dévouement sont des atouts précieux pour relever ces différents défis. »

Katty Firquet, Députée provinciale - Présidente en charge de l'Enseignement, s'est elle aussi adressée aux enseignants récemment engagés par le Pouvoir organisateur provincial. «Vous rejoignez une institution publique qui porte haut les valeurs d'égalité, de solidarité et d'excellence au service de la jeunesse et de l'avenir de notre Province. Notre Enseignement provincial est avant tout une école des valeurs humaines : la solidarité, parce que chaque élève doit pouvoir trouver sa place et sa voie ; l'inclusion, parce que la diversité est une richesse et non un obstacle ; l'excellence, parce que l'ambition éducative est un moteur d'émancipation et de progrès collectif.

Mais ces valeurs ne prennent tout leur sens que si elles s'accompagnent de moyens concrets. Et la Province de Liège s'y engage pleinement. Chaque année, nous investissons de façon significative pour renforcer la qualité et l'attractivité de notre enseignement. Nous soutenons également les filières d'avenir, les métiers techniques, les technologies numériques, la santé, la culture, l'environnement, mais aussi l'entrepreneuriat responsable et durable. Et surtout, nous renforçons aujourd'hui notre engagement dans le numérique éducatif. Ces investissements ne sont pas seulement technologiques, ils traduisent une volonté politique forte : celle de préparer nos jeunes à un monde en pleine transformation, tout en maintenant une éducation humaine, inclusive, mais aussi exigeante. »

« Bonjour, Intelligence artificielle »

Les participants ont ensuite eu l'opportunité d'assister à la conférence « Bonjour IA. Penser notre rapport à la machine et à l'enseignement » de l'éthicien de la technique Louis de Diesbach, dont les recherches et les travaux s'intéressent à la technologie en veillant à la rendre plus humaine.

« Le secteur de l'enseignement évolue sans cesse, a expliqué Salvatore Anzalone en guise d'introduction. Les réformes se succèdent, redéfinissent nos pratiques et parfois même interrogent nos fondamentaux. Avec Louis de Diesbach, nous réfléchissons à l'impact réel de l'IA et à la manière dont elle nous invite à réévaluer notre rapport à nous-mêmes et au monde. »

Après avoir rappelé l'arrivée tonitruante de ChatGPT dans la vie d'à peu près tout le monde le 30 novembre 2022 (« Que ça vous plaise ou non, l'IA est là. Et comme c'est souvent le cas avec les innovations technologiques, on ne désinvente pas. »), Louis de Diesbach a détaillé les trois principaux leviers pour améliorer un système d'intelligence artificielle : les algorithmes (qui les écrit et comment ils sont écrits), les données (leur qualité et leur quantité) et la puissance de calcul (les serveurs et les data centers).

Mais comment se représenter ce qu'est l'IA ? « Une façon assez simple de le faire, c'est de reprendre l'expression "perroquet stochastique" de Timnit Gebru et Emily Bender : "perroquet" car c'est un animal qui parle sans rien comprendre et qui ne fait que répéter ce qu'on lui a dit, et "stochastique" parce que le stochastique, c'est quelque chose qui est aléatoire mais prévisible statistiquement. En gros, ce que fait ChatGPT, c'est "juste" prédire le prochain mot. »

Et pourquoi le monde de l'enseignement devrait-il se soucier d'éthique de l'IA ? « Parce que ce sont bien les valeurs d'une institution qui vont se retrouver dans un algorithme. Comme le dit un chercheur franco-italien, "il n'existe pas d'algorithme, ce n'est que la décision de quelqu'un d'autre". »

En effet, la technique n'est jamais neutre : « La tech n'est ni bonne, ni mauvaise, ni neutre. » Et ce, pour quatre raisons : la technique porte en elle la valeur latente de l'efficacité, inhérente au capitalisme ; l'innovation technologique dépend de la manière dont est financée la recherche et développement menée dans les laboratoires des entreprises et des universités ; en aval, la technique induit une multitude d'effets généralement imprévisibles ; et, enfin, toute technique porte en elle un nouveau rapport au monde. « Il va falloir se poser cette question avec la tech : où va-t-on et a-t-on décidé ensemble d'y aller ? Ou est-ce une poignée d'hommes dans la Silicon Valley qui ont dit "Les gars, on va là-bas" ? C'est ce qui est en train de se produire, d'où la nécessité de se réapproprier ce qui se passe. »

Il faut un cadre pour construire une IA de confiance. Se pose ainsi la question de l'intervention humaine : ne pas tout déléguer à la machine. Mais aussi celle de la responsabilité : c'est toujours un être humain qui est responsable. On en vient à la question de la transparence et de l'explicabilité : est-on capable d'expliquer la décision de l'algorithme ? A côté de ça, il y a évidemment la question de justice et d'équité : comment fait-on pour construire une IA pour toutes et tous, sachant qu'« il n'existe pas d'architecture de choix neutre » ? Se posent également les questions de la sécurité, de la vie privée et des impacts environnementaux (l'explosion de la consommation d'électricité) et sociétaux (la polarisation).

Pour ce qui est de l'impact sur les individus, « que se passe-t-il quand on parle à la machine de la même façon qu'on parle à l'humain ? Ne risque-t-on pas de parler à l'humain comme on parle à la machine ? Autrement dit, que devient la relation humain-humain dans un monde où la relation humain-machine semble prendre toujours plus de place ? » Selon une étude, des mots beaucoup utilisés par les modèles de langage reviennent à la mode dans le discours oral. « Cela pose un vrai risque d'homogénéisation du discours. »

Selon un des cofondateurs de Google, la meilleure façon d'obtenir un résultat avec un modèle de langage, c'est de le menacer physiquement. « Si cela s'avère exact, combien de temps faudra-t-il avant que la violence devienne la norme ? On sait déjà que la violence dans le discours s'accentue. »

L'immense majorité des métiers seront impactés par l'intelligence artificielle. « Je suis persuadé que tous les programmes doivent s'adapter pour y répondre, dans l'objectif de préparer les élèves à la vie. » Mais quelle sera la place des enseignants ? Les remplacer par l'IA peut sembler tentant d'un point de vue budgétaire. Mais ce serait mal connaître la nature du métier d'enseignant. « Etre enseignant, c'est plus que juste partager du savoir. Dans une lettre à son instituteur primaire, Albert Camus a écrit, après avoir reçu le prix Nobel de littérature, "Sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé." C'est ça, enseigner. L'être humain a besoin de relations. »

Dans « Tous les hommes sont mortels », Simone de Beauvoir pose cette question qui, à l'heure de l'IA, est des plus pertinentes : « Je me demande ce que font les hommes de tout ce temps qu'ils gagnent. » « En tant qu'enseignant, qu'allez-vous faire de ce temps que vous allez gagner ? On a toujours gagné du temps grâce à la technologie. Si on gagne du temps pour être encore plus occupé, je ne suis pas certain que ce soit très pertinent de gagner du temps. »

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Salvatore Anzalone, Directeur général de l'EPL
Katty Firquet, Députée provinciale - Présidente
Frédéric Delfosse
Louis de Diesbach
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