Château de Jehay

Château de JehayChâteau de JehayChâteau de JehayChâteau de Jehay

Focus

Un atelier de cordonnier du XVIIe siècle

© Province de Liège

La découverte d’une signature et l’attribution d’une œuvre de la collection du Château de Jehay

Depuis de nombreuses années, une peinture de la collection du château de Jehay (44,5 x 62 cm, Inv. CJPE063) montrant un atelier d'artisan était attribuée au peintre flamand de scènes de genre David Ryckaert III (1651-1700). A l'occasion des mesures de conservation/restauration prises sur le tableau en 2025, des vernis anciens et jaunis ont été enlevés. Ce dévernissage a permis de révéler des lettres et chiffres peints sur le châssis inférieur de la fenêtre, à gauche du tableau : QVB 1655

Des recherches ont permis d'associer cette date d'exécution et ce monogramme à l'identité de l'artiste hollandais du 17e siècle Quiringh van Brekelenkam. Né en 1622, celui-ci grandit dans un milieu artisanal – son père était tailleur à Zwammerdam – un environnement qui nourrit directement son orientation artistique. Cette proximité avec les métiers manuels se retrouve au cœur de son œuvre : entre 1653 et 1664, il peint environ plusieurs scènes d'ateliers de tailleurs et de cordonniers, un genre dans lequel il se spécialise et qui fonde aujourd'hui sa réputation.

Ces représentations d'ateliers sont d'une qualité d'exécution très variable, signe qui semble pouvoir les associer à une production en « série », rapide, à des fins économiques. Il ne faut pas exclure que les peintures présentant la plus faible qualité ont pu également être réalisées par des suiveurs ou des copieurs à des dates ultérieures.

Sur la peinture, le cordonnier est occupé à travailler, assis, à côté d'une table où sont disposés ses outils. Au mur derrière lui sont, selon les œuvres, accrochés des outils, notamment des gouges, mais aussi des embauchoirs, c'est-à-dire des objets en forme de pied servant à maintenir la forme des chaussures, ou des formes-gabarits, soit des guides destinés à réaliser les souliers.

La représentation d'un tel métier dans un intérieur modeste n'est pas inédit au XVIIe siècle. L'art hollandais a en effet souvent eu à cœur de montrer des artisans dans l'exercice de leur métier. Cette glorification des vertus du travail est corollaire de l'éthique calviniste, dans un contexte d'économie prospère, au service de laquelle tout un peuple d'artisans unissaient leurs efforts.

La grande majorité des versions de cet atelier de cordonnier par van Brekelenkam montre au mur une carte géographique. Il s'agit d'une carte, orientée avec le Nord sur la droite, de la Hollande et de la Frise occidentale. La présence de cette carte permet d'évoquer l'identité nationale d'une contrée qui avait dès le XVIIe siècle une conscience de vivre une période d'essor (culturel, mais aussi économique) sans précédent, ce qu'on appellera le « Siècle d'or » hollandais. Il s'agit aussi peut-être d'intégrer dans des œuvres des motifs, tels cette carte, reconnus par un public large, éventuellement international, comme des productions « typiquement » « hollandaises ».

La peinture conservée au château de Jehay présente donc la signature de Quiringh Gerritsz van Brekelenkam et la date de 1655. Aucun élément technique ne permet de douter de l'authenticité de ces deux éléments. Cependant, force est de reconnaître que l'appréhension de la production du peintre n'est pas aisée tant elle présente des niveaux de qualité d'exécution variables. La réalisation des détails dans la peinture de Jehay, notamment dans les physionomies, les étoffes et autres objets n'est clairement pas celle de la main d'un grand maître, dans le contexte d'une commande prestigieuse. On peut donc associer l'œuvre conservée au château de Jehay à une production réalisée à la chaîne pour une clientèle peu exigeante et/ou aux moyens économiques limités.

 

- Par Coline Braye et Alexandre Galand -



Tous les focus