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Didier van Cauwelaert

« Cet enthousiasme concentré fait des merveilles »
partager sur Google+ partager sur Facebook   Publié le 21-06-2018

Présent à Liège pour le 10ème Salon du Volontariat, Didier van Cauwelaert nous a également consacré un peu de temps pour une interview

Didier van Cauwelaert est écrivain, notamment lauréat du Prix Goncourt. Il a consacré plusieurs ouvrages à la thématique des chiens d'aveugles ("Jules"), raison de sa présence au Salon du Volontariat de Liège. À cette occasion il a également été intronisé ambassadeur d'honneur de la Province de Liège et a dédicacé ses ouvrages à la Fnac. Dans ce planning très chargé, Didier van Cauwelaert a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Vous avez accepté l'invitation de la Province à participer à cette 10ème édition du Salon du Volontariat, quelles ont été vos motivations, qu'évoque pour vous le Volontariat et parlez-nous de vos propres implications

Didier van Cauwelaert : Je connaissais la Province de Liège et le Volontariat au travers de l'invitation d'Osmose qui m'avait invité en juin à l'Université de Liège, dans le cadre des chiens d'assistance, chines guides ou détecteurs d'épilepsie. Ce qui est formidable c'est qu'à partir de tous petits moyens et initiative familiale, qui a regroupé après plein de personnes, on arrive à un résultat formidable. Cet enthousiasme concentré fait des merveilles amène des sponsors et cela marche car ces bénévoles sont heureux de faire quelque chose qui va rendre d'autres personnes heureuses, c'est du bonheur additionné, ce n'est pas une notion de sacrifice, ni pour se donner bonne conscience. On est dans de l'enthousiasme moteur qui se répercute auprès de tout le monde. C'est ce qui m'intéresse et c'est pour cela que je me suis investis moi-même dans ces associations d'aides aux chiens détecteurs d'épilepsie et de chiens guides et surtout sur la création en France de cette école de formation et de recrutement de chiens détecteurs de crises d'épilepsie. Je m'occupe aussi beaucoup des abeilles et des associations de sauvegarde et de lutte contre les pesticides.

Vous étiez donc déjà dans un contexte de connaissance et ce sujet vous passionne. Pourquoi donc avoir renouvelé cette rencontre en Province de Liège ?

Didier van Cauwelaert : J'avais donc déjà un bon souvenir et j'avais envie de revoir les associations. Par ailleurs, l'esprit liégeois que je connaissais me touche beaucoup et multiplie l'enthousiasme et l'efficacité. Et la manière dont vous m'avez invité, on sent l'implication et votre préparation, l'envie que ce soit moi et pas un autre et ce sont des facteurs de choix. Mon éditeur fait une première sélection sur les demandes qui me sont adressées et il sait où j'ai envie d'aller.

L'empathie qui vous caractérise était aussi en effet précieuse pour nous. Votre notoriété et votre implication dans ces associations étaient effectivement importante pour nous afin que vous puissiez apporter un plus à cette 10ème édition du Salon du Volontariat et vous introniser ambassadeur de la Province de Liège.

Didier van Cauwelaert : Oui et par rapport à l'intronisation en tant qu'ambassadeur, la productrice de mon film (« J'ai perdu Albert » issu du livre éponyme), Virginie Visconti est ambassadrice, je connaissais donc déjà la mission d'ambassadeur et sa portée. J'étais donc content de pouvoir aussi devenir ambassadeur de la Province de Liège.

« Jules » est désemparé, il a perdu sa raison d'être et la lumière de sa vie quand Alice recouvre la vue. Il perd son côté de dominant altruiste. Comment pensez-vous que les animaux, les chiens nous perçoivent ?

Didier van Cauwelaert: il y a cette empathie évidente, il y a un lien qui est créé entre le chien et son maître, avec sa voix, son odeur, sa manière de fonctionner, ses plaisirs. Le chien ressent après quand il y a une perturbation, la maladie, la dépression. Il y a cette empathie sur laquelle on peut effectuer une formation. Les chiens sont notamment formés à l'obéissance et ils doivent anticiper les désirs et ils sont aussi formés à dire non car ils analysent constamment la situation et les obstacles qui se présentent. Ils évaluent d'ailleurs par rapport à un obstacle le gabarit du maître et agissent en conséquence. Ce qui est très dur à obtenir de ces chiens c'est le devoir de désobéissance pour protéger leur maître. Perception, observation, analyse et décision qui est le fruit de cette analyse. Et donc parfois le chien doit désobéir et c'est aussi très dur car on est dans l'initiative, le fruit de l'analyse du chien qui va donc à l'encontre du désir et de la volonté du maître. Et parfois il y a quelque chose qui ne passe pas par le dressage, quelque chose qui spontanément se déclenche. Dans les cas de chiens d'épilepsie, on n'a pas créé quelque chose, c'est le chien qui a capté la crise qui arrive. On est un peu dépassé car on n'a pas créé cela. C'est le chien qui a montré ce dont il est capable et qui après, par mimétisme, l'apprend à d'autres chiens. En tout cas, d'autres chiens l'apprennent de lui et l'imitent.

Il y a une sélection importante pour ces chiens et cette formation a un coût

Didier van Cauwelaert : Une formation dure environ 2 ans et cela coûte environ 20.000€ mais comme il y a environ 40% des chiens qui sont réformés, si on répercute le coût cela fait donc environ 50.000€.

On sent une tristesse de la part de « Jules » quand il perd sa maîtresse, il se laisserait presque mourir car il se sent inutile. Outre le côté utile, y a-t-il aussi un côté affectif ?

Didier van Cauwelaert : Oui bien sûr, il y a la tristesse du chien. Dans le cas d'Alice, c'est aussi d'abord de l'incompréhension. C'est terrible pour le chien il reconnait l'odeur de son maitre mais tout d'un coup, la personne n'a pas besoin de quelque chose. Il est dans une situation d'incompréhension illogique, qui mène à la dépression car il n'est pas formé pour cela et cela change la donne. Le chien appartient à la personne car c'est l'association qui le donne .Il faut prendre en compte la fidélité du chien, son côté affectif et buté. Le lien entre le maître et son chien est fondé sur le handicap.

Vous vous définissez comme un romancier de la reconstruction. Et vous, comment vous reconstruisez-vous ? Vous flirtez souvent entre le désir, le plaisir, la mise en situation difficile, le danger, la souffrance, vous reconstruisez-vous au travers de vos personnages puisque vous êtes multi-facettes ?

Didier van Cauwelaert : Il existe en chacun de nous d'autres possibilités d'identité qui n'ont pas été exploitées, d'autres chemins possibles. Nous sommes le fruit de nos choix, de nos soumissions, de nos résignations, de nos échecs, de nos réussites, de nos sacrifices, donc si on avait choisi une autre voix on ne serait pas la personne que l'on est aujourd'hui. Je vais chercher dans mes personnages ce que j'aurais pu être dans un autre cas de figure, ou alors je parle de personnes totalement éloignées de moi pour m'essayer dans la peau de personnes totalement différentes. Je me reconstruis donc différemment à chaque fois et je vois comment ces gens se reconstruisent.

Cela vous aide donc à vous reconstruire par rapport à vos propres épreuves de vie. Vous vous guérissez donc de certaines blessures en vous mettant dans la peau d'autres personnages, en vous dédoublant ?

Didier van Cauwelaert : Oui je repasse sur certaines situations que j'estime ne pas avoir réussies dans ma vie. L'écriture permet de corriger la réalité, par exemple pour des gens qu'on a perdus, qu'on a aimés, de les remettre en vie. L'écriture permet tout et elle me donne une seconde vie, une seconde chance.

Vous dites que l'écriture, la vie c'est aussi l'imagination, le désir de créer et de profiter de chaque chose qui passe. Vous êtes aussi très « nature ».

Didier van Cauwelaert : Ce qui m'intéresse c'est l'intelligence à l'œuvre partout, dans la nature, les animaux et malheureusement c'est chez l'homme qu'elle est prise en défaut. On a souvent l'impression que l'homme est devenu « con » car il a les moyens techniques qui lui permettent tellement de développer sa connerie, son agressivité, son égo, comme via les réseaux sociaux, ce n'est pas forcément quelque chose qui le rende intelligent mais au contraire qui lui permette de cultiver ses travers pour pouvoir exister. Chez l'homme, il y a du calcul, l'animal est joueur et il n'a pas cette cruauté gratuite qui n'existe que chez l'homme.

Il y a un amour inconditionnel de la part de l'animal, pas de rancœur ni de rancune. Avez-vous des chiens, chats ?

Didier van Cauwelaert : Il y en a qui m'ont eu .Je n'ai jamais eu l'acte d'acheter, je n'ai jamais été « propriétaire » d'un animal, quand j'ai connu ma compagne elle avait des chats donc je les ai adoptés, d'autres fois il s'est agi d'animaux errants ou dans le cas de conflits avec leurs maîtres et qui sont venus nous choisir.

Les animaux c'est aussi une rencontre de vie. Quand vous dites que vous n'avez jamais été propriétaire d'une chien ce n'est pas une question d'achat ce qui est important c'est le sentiment que l'on peut avoir l'un avec l'autre

Didier van Cauwelaert : Oui et si vous allez dans un refuge c'est aussi toujours émouvant, car on a un profond sentiment d'injustice envers pour les animaux qui restent.

Vous vous reconstruisez donc aussi avec la nature, les animaux et le silence

Didier van Cauwelaert : Oui c'est important pour me ressourcer et écrire sans avoir à éliminer un bruit parasite qui va vous déconcentrer.

Qu'espérez-vous avoir apporté à ce 10ème Salon du Volontariat ?

Didier van Cauwelaert : Je pense avoir apporté mon enthousiasme et l'énergie qui veille en moi pour toutes ces causes et associations. L'envie de relayer avec le pouvoir médiatique que j'ai et de ne pas parler que de mon nom mais de faire connaître toutes ses associations, ces gens, ces malades, comme le témoignage de Laura avec son chien que nous avons eu lors de la conférence, au Salon du Volontariat le samedi 26 mai 2018, avec le Docteur Joëlle Hofmans, vétérinaire comportementaliste. C'était un véritable lieu de rencontre et d'approfondissement. Merci aussi pour Laura justement qui était venue lors de ma première conférence à l'Ulg mais qui n'avait pas pu intervenir, j'avais en effet entendu les aboiements de son chien, j'ai donc bien senti qu'il se passait quelque chose. Laura a dû sortir de la salle car elle a fait une crise tout de suite après à l'extérieur. Ici toutes les personnes présentes à notre conférence aujourd'hui ont pu entendre son témoignage poignant que je vais aussi transmettre, pour que l'on soutienne toutes ces causes.

Interview réalisée à Liège le 26 mai 2018